Durant l’automne dernier, c’était au tour de Grégory, pratiquant à Marseille, de se rendre seul à Datong pour un entrainement d’une dizaine de jours. Il nous propose ainsi généreusement le compte-rendu de son aventure. En espérant que ces billets écrits par des pratiquants différents (niveau, expérience et motivations) puissent apporter à tous et inspirer la pratique des personnes qui n’ont pas facilement accès aux enseignements de professeurs de dachengquan.
"…Après quelques jours passé à visiter Pékin, direction Datong où j'arrive de nuit par le train.
Après une bonne nuit de repos, rencontre avec Li Jian, un jeune habitant de Datong extrêmement sympathique que m'a présenté Laurent et qui va énormément m'aider durant mon séjour; en effet, son affabilité, sa disponibilité et sa grande chaleur humaine couplées à sa connaissance de l'anglais vont rapidement devenir indispensables…
Nous nous rendons à pieds chez le Maître; le temps d'aller prendre quelques boissons à lui amener, nous arrivons ensuite dans un quartier populaire typique où Me Guo vit et enseigne le dachengquan.
Après des retrouvailles chaleureuses, nous définissons ensemble le programme d'entraînement: trois heures par jour,
le matin ou l'après-midi selon les
jours. J'aurai le privilège de m'entraîner seul puis avec ses élèves chinois le dimanche, le reste de mon temps étant consacré à la visite de Datong et ses environs. Le premier jour, j'entre de
plein pied dans le vif du sujet: une heure de zhanzhuang en position de face, où le Maître, qui fait mine de regarder ailleurs et de discuter avec Li Jian, me jette de petits coups d'œil furtifs
et vient très souvent replacer une main, un pied, un doigt dès qu'il me sent faiblir et lâcher la rigueur de la posture. Les autres jours, les 1h ou plus de posture seront répartis entre
yangsheng zhuang et jiji zhuang à gauche et à droite, voire uniquement consacrés à jiji zhuang.
Zhanzhuang de face : en premier lieu, plier les hanches, garder le corps droit, relâcher les épaules et imaginer qu'on est relié au mur d'en face par une corde qui part des mains. Le cou tire en arrière. Après un certain temps avec ces principes, Me Guo me fait intégrer le travail de micro-mouvements avant-arrière, en utilisant les yeux pour accompagner le mouvement! D'après lui, cette posture est la base pour la santé et le combat, si on se consacre uniquement à la santé on peut ne pratiquer que celle-là.
Travail de la posture de côté jiji zhuang, première posture de combat : le poids est sur la jambe arrière, la jambe avant est pliée, le talon levé. Les bras sont levés, les coudes tirent sur les côtés et les mains sont reliées par des cordes imaginaires vers l'avant. Même principe qu'avant, après s'être installé dans la posture, on introduit le travail des micro-mouvements.
Travail du shili avant-arrière: les mains sont reliées vers l'avant, on bouge le corps mais non les bras, on plie beaucoup les hanches car le tronc doit rester droit et envoyer la force dans les doigts. Me Guo me corrigera essentiellement sur la position et le rôle du bassin.
Travail du zou bu : les bras sont étendus sur le côté comme un funambule et ne changent pas de position, seul le corps pivote. On avance d'abord le pied avant, puis on transfère le poids du corps de l'arrière à l'avant. Tenir la bonne position tout du long nécessite une énorme concentration qui prend le pas sur tout le reste lorsqu'on débute, mais qui est nécessaire pour l'acquisition des bases.
Me Guo fera preuve, tout au long de cette semaine, d'une patience et d'une gentillesse extrême, cherchant à transmettre la passion de son art et la grande profondeur de son enseignement, faite de simplicité extérieure en apparence, mais truffée de subtilités déconcertantes.
Je vais très vite réaliser, à travers les incessantes corrections et explications de Me Guo qui n'hésite pas à utiliser une corde qui reste tendue ce qu'il faut et à me faire toucher son bras ou sa jambe afin de bien percevoir le travail des tendons dans le mouvement, quels sont les points sur lesquels je vais devoir insister pour progresser dans cet art plus compliqué qu'il n'y paraît de prime abord. Au bout de quelques jours, immergé dans cette culture aux antipodes de la mienne et la fatigue aidant, je vais progressivement prendre conscience de l'extraordinaire potentiel de développement humain que recèle cet art et des raisons pour lesquelles je le pratique...
Conducteur d'autobus dans une grande ville, papa depuis peu, j'arrive à faire face avec plus d'humilité et de sagesse au stress et aux difficultés inhérentes à ces situations. La découverte de la Chine et la rencontre avec les Chinois, ains que la vie quotidienne, m'a à la fois totalement déconnecté et fait réaliser que ce voyage est le premier d'une longue série, car rien de tel que la pratique intensive pour se sentir progresser à vue d'oeil…
Ce que m’a apporté ce stage et la pratique du dacheng en général :
Tout d'abord, par ma pratique du taiji et du qi gong j'ai acquis une certaine souplesse, mais le dacheng permet d'acquérir la force de tout le corps, car dans la posture on cherche à "remplir" les articulations, à lier les diverses parties du corps et à étirer les tendons, ce qui donne une "extension" du corps et de la conscience. Le travail du "song jin" permet de chercher de manière subtile et non-grossière comment bouger, ensuite shili permet de l'étendre et de faire circuler la force jusqu'aux mains.
Les innombrables
corrections et explications de Me Guo nous permettent de sentir immédiatement que le corps, globalement, manque de force et comment l'acquérir en restant un long moment dans la position. Ensuite,
le travail du song jin induit le mouvement et fait sentir les raideurs et le côté "lourd" du corps et de l'attention, de l'esprit. Le zhan zhuang "allège" la personne. L'ambiance à la fois
joviale et très sérieuse qu'instaure Me Guo nous enlève nos illusions, c'est-à-dire ne pas se mettre de pression mentale inutile mais pratiquer dans la bonne humeur et l'efficacité. Il m'a fait
sentir que cet art est réel, profond et, surtout, accessible à qui est prêt à vraiment s'investir. Dans le shili et la marche, Me Guo insiste beaucoup sur la précision du geste pour acquérir de
solides bases et pouvoir travailler seul ensuite.
Le fait de sentir très vite le corps et le mental se débloquer est très agréable et utile pour atteindre la joie de vivre, le plaisir de pratiquer et l'ouverture d'esprit. Et être immergé dans la culture chinoise relie, donne le sens véritable des principes de la pensée chinoise reliés à la pratique.
Merci à Me Guo, M.Wang, Laurent, Farid, Li Jian et également Ida pour leur aide et leur soutien dans cette entreprise!"
Grégory Cros
Travailler avec le Maître
c'est l'opportunité d'être dans une situation favorable à la concentration. On précise davantage son travail et on tente de repousser un peu plus loin ses limites. La qualité de cet art se mesure
auprès des maîtres : pour qui débute cette pratique chacun a besoin d'un autre bien meilleur que soi à imiter pour s'approcher de la technique et de l'intention. La barrière de la langue permet
de focaliser son attention sur le geste, la posture. Au départ nous imitons maladroitement avec le corps, et dans le cas de "barrière de la langue" le language ou l'intellectualisation inachevé
parceque novice, ne parasite pas l'apprentissage, ne casse pas le rythme et la concentration de l'entrainement. Nous pouvons aussi évoquer l'importance du toucher : Me Guo invite ses élèves à
venir sentir par le contact des mains sur les zones sollicitée, et mesurer ainsi le travail des tendons et la circulation des forces à travers le corps. S'exercer auprès de Me Guo permet
d'apprécier le dachengquan au travers de démonstration d'une grande virtuosité par la fluidité, la vivacité et le rythme des mouvements engagés.
